Thèse : Mobilité quotidienne, socialisation et ségrégation

Thèse : Mobilité quotidienne, socialisation et ségrégation

Mobilité quotidienne, socialisation et ségrégation : une analyse à partir des manières d’habiter des adolescents de zones urbaines sensibles.
Thèse de Nicolas Oppenchaim, sous la direction de Francis Godard, Université Paris-Est, laboratoire Ville, Mobilité, Transport (LVMT),  2012. 591 p.
L’objectif de cette thèse est de mieux documenter les différentes manières d’habiter des adolescents de zones urbaines sensibles (ZUS) franciliennes en prenant appui sur l’analyse de leurs pratiques de mobilité quotidienne. Elle vise à répondre aux trois questions suivantes :-les adolescents de ZUS ont-ils une mobilité spécifique par rapport aux autres adolescents ? -la diversité géographique des ZUS et l’hétérogénéité sociale des adolescents de ces quartiers se traduisent-elles par des pratiques de mobilité différenciée et, au final, par différentes manières d’habiter un quartier ségrégué ? -selon la manière dont ils habitent leur quartier, certains adolescents de ZUS subissent-ils plus que les autres les externalités négatives de la ségrégation urbaine ?Les mobilités quotidiennes jouent ainsi un rôle fondamental à l’adolescence car elles sont le support du passage progressif du monde familier au domaine public urbain. Elles mettent notamment à l’épreuve les habitudes d’action que les adolescents ont acquises dans leur quartier de résidence ou dans leur famille. Elles donnent ainsi lieu à des interactions, qui si elles sont d’une autre nature que dans ces deux sphères, n’en sont pas moins socialisantes. Les pratiques de mobilité participent de ce fait aux différentes manières d’habiter des adolescents, tout autant que les interactions quotidiennes qu’ils ont dans leur famille ou dans leur quartier. Se focaliser sur les ZUS permet alors d’enrichir les approches traditionnelles de la ségrégation, qui insistent sur une influence néfaste du cadre urbain sur les adolescents et ne prennent pas en compte les effets socialisants de leurs pratiques de mobilité. Nous montrons que ces pratiques sont cependant déterminées par trois éléments principaux : l’environnement social, économique et géographique des adolescents ; les dispositions qu’ils ont acquises dans la sphère familiale ou leur quartier de résidence ; les épreuves de co-présence avec des citadins d’un autre milieu social et résidentiel dont ils ont déjà fait l’expérience. Pour répondre à nos questions de recherche, nous nous appuyons sur des matériaux statistiques (l’enquête global transports et des indicateurs d’accès en transports en commun aux principales aménités urbaines franciliennes), une ethnographie d’un an dans une maison de quartier d’une ZUS de grande couronne ainsi que des projets de recherche-action dans sept établissements scolaires. Ces projets articulent quatre-vingt douze entretiens semi-directifs d’une heure et des ateliers thématiques sur la mobilité (photographies et écriture de textes). Ces matériaux nous ont permis de mettre en évidence les contraintes spécifiques qui pèsent sur la mobilité des adolescents de ZUS, mais également d’élaborer sept manières typiques d’habiter un quartier ségrégué ou à proximité. L’objectif de la construction de cette typologie n’est alors pas de classer stricto sensu les adolescents, mais de comprendre et d’expliquer pourquoi, dans un contexte donné, ils habitent de telle ou telle manière leur quartier.
http://tel.archives-ouvertes.fr/docs/00/71/59/83/PDF/TH2011PEST1150_complete.pdf